Français d’origine, membre de la Fraternité Saint-Pierre qui s’est toujours voulue fidèle à Rome, l’abbé Guillaume Loddé, 32 ans, est arrivé à Québec en septembre. Il a déjà pris part à quelques réunions presbytérales, où nous avons pu remarquer qu’il avait écouté attentivement. Mais nous voulions aussi qu’il nous partage librement son parcours et sa motivation à célébrer l’Eucharistie sous la forme tridentine.
De la France au Québec
L’abbé Loddé a reçu sa formation dans le Grand Séminaire de la Fraternité Saint-Pierre, non loin du lac de Constance, en Allemagne, « sur les terres du cardinal Ratzinger » (son ancien évêché bavarois). Après son ordination en 2002, il a été brièvement vicaire dans un petit village de la Sarthe. Puis il a été aumônier de lycée (école secondaire française) pendant quatre ans; il s’agissait d’une école privée confessionnelle, où les élèves n’étaient pas trop surpris de croiser un prêtre en soutane. En même temps, il était le pasteur d’une petite communauté de fidèles (environ 80) habitués à la messe en latin selon l’ancien rite. À ce propos, il nous explique que son rôle différait de celui des curés d’alentour : « Eux, ils vont vers les gens; nous, nous laissons les fidèles venir à nous ».
À notre question, l’abbé Loddé tient à dire qu’il a été très bien accueilli, tant par notre archevêque que par le curé de la paroisse Notre-Dame-de-Roc-Amadour, le père Raymond Angers, qui l’héberge. Il n’a perçu aussi que de l’ouverture à son égard de la part des confrères, même s’il devine que le retour de la messe à l’ancienne, apportée en quelque sorte dans ses bagages, peut en agacer d’aucuns. Son lieu de résidence atteste d’ailleurs de la communion avec l’Église locale : « Pendant que les autres prêtres sanctifient leurs fidèles avec l’autre liturgie, nous ne nous situons pas en opposition, nous faisons les choses différemment tout simplement parce que nous croyons à cette forme (de liturgie) ». L’autorisation qui lui a été accordée est celle d’une chapellenie, un lieu de culte extra-paroissial pour la célébration de la forme extraordinaire de rite latin.
Un grand sens du sacré
Qu’est-ce qui a personnellement amené Guillaume Loddé à opter pour ce type de célébration et d’existence chrétienne? Il nous signale d’abord l’accent mis, dans la messe tridentine, sur la contemplation et l’adoration. L’usage de la langue latine, qu’il juge « pleinement extra-ordinaire » aide à cultiver le sens du sacré. L’ensemble des rites sont axés, selon lui, autour d’un « immense respect pour la Présence réelle » du Christ dans l’Eucharistie. Et tout cela, tient-il à répéter, se vit totalement « dans l’obéissance à l’Église ».
Que cherchent exactement les personnes qui choisissent ce type de messe? Sans doute quelque chose d’analogue : le culte du mystère (sans jeu de mots), la continuité avec une tradition qui, à leurs yeux ne doit surtout pas mourir, une dévotion très extériorisée… Le plus grand quotidien des États-Unis, le New-York Times, s’est lui aussi intéressé (10 novembre 2007) au phénomène, qui demeure pour l’instant quantitativement très marginal; les quelques personnes qui y assistent sont majoritairement des jeunes, ils sont en quête d’une sainteté proclamée ouvertement, de cérémonies qui mettent encore plus l’accent sur le Christ, reçu dans toute son altérité. La majesté, la beauté, le mystère rendu et célébré, ne les laissent pas indifférents. Toutefois le journal new-yorkais ne prévoit pas une importante recrudescence d’intérêt pour la messe tridentine : au contraire, écrit Neela Banerjee, « ceux qui étudient la jeunesse catholique (…) observent qu’elle réclame plutôt un accent plus prononcé sur la justice sociale et l’égalité sexuelle ». La place de l’Écriture sainte dans la liturgie issue de Vatican II continue aussi d’apparaître à plusieurs – à commencer par les théologiens – un progrès à l’égard duquel il serait malheureux de faire marche arrière.
Le Motu proprio du Pape l’été dernier, « Summum Pontificum » nous lance, en pratique, le défi de la coexistence dans le dialogue et l’ouverture réciproque. L’unité de l’Église, si souvent invoquée pour valoriser la messe en latin, passe désormais par là. Pour nous y aider, le Saint-Père nous demande de respecter à la fois le trésor de la tradition et l’apport plus que positif des nouveaux rites et de la pensée conciliaire. (Son texte a été publié dans l’édition française de l’Osservatore Romano du 10 juillet 2007).
René Tessier, Pastorale-Québec, février 2008, page 30
