La messe tridentine accueillie à Québec, (1er de 2 articles)
Depuis le début de l’automne, c’est tous les dimanches qu’est célébrée la messe en latin selon le rite pré-conciliaire, à l’église Saint-François d’Assise de Québec. Dans notre édition de novembre dernier (p. 37), nous vous présentions et résumions à grands traits le Motu Proprio du pape Benoît XVI qui demande aux évêques de permettre cette forme liturgique dans leurs diocèses, là où la demande le justifie.
L’an dernier, déjà, un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre assurait ce service un dimanche sur deux au même endroit. Toutefois, il habitait Ottawa et faisait chaque fois l’aller-retour pour Québec. Début septembre, un prêtre de 32 ans nous est arrivé de France : l’abbé Guillaume Loddé. Lui aussi appartient à la Fraternité Saint-Pierre, qu’il ne faut pas confondre avec les disciples de Mgr Lefebvre, malgré des racines communes.
Il vaut sans doute la peine de reprendre ici leur histoire. Dans les années 60, le prélat intégriste français Marcel Lefebvre prend part au Concile Vatican II mais en refuse totalement plusieurs éléments de conclusion. Il rassemble autour de lui par la suite un certain nombre de dissidents, choqués tant par les changements à la liturgie catholique que par certaines positions de principe : liberté de conscience des baptisés, dialogue avec les autres traditions religieuses, ouverture sur le monde moderne et ses valeurs, etc.
D’abord concentrée en France la Fraternité Saint-Pie X s’installe à Écône (Suisse) et essaime bientôt dans d’autres pays. Elle fait l’objet d’une première condamnation, en 1976 par le pape Paul VI; mais il s’agit encore de remontrances, non d’une mise au ban formelle. Comme il persiste et signe dans son opposition affirmée au concile qu’il juge « satanique », Mgr Lefebvre est ensuite suspendu. Sa rupture définitive avec le Saint-Siège sera enclenchée, de l’avis de plusieurs observateurs, par le geste audacieux – plusieurs diraient : prophétique – de Jean-Paul II en octobre 1986 : dans le cadre de l’Année Internationale de la paix, il convoque à Assise tous les leaders religieux de ce monde pour une journée commune de prière pour la paix. C’en est trop pour les intégristes : la vue du Souverain Pontife à genoux, non loin de ces indiens à plumes, du Dalaï-lama et de tant d’autres, les révolte. Quelques mois plus tard, au printemps 1988, Mgr Lefebvre pose le geste fatidique : il ordonne quatre évêques parmi ses fidèles, malgré l’opposition du Pape. L’excommunication s’ensuit de facto, comme il s’y attendait. La rupture est consacrée.
Mais au cours de l’été 1988, une dizaine de prêtres de la Fraternité Saint-Pie X sont reçus par le Saint-Père; ils lui signifient leur désir de rester en communion avec Rome et l’Église universelle en même temps que leur attachement à la célébration de la messe tridentine, codifiée par le pape Pie V et très légèrement retouchée par Jean XXIII en 1962. De là naît la Fraternité Saint-Pierre. L’abbé Loddé insiste d’ailleurs sur ce point : « nous nous définissons d’abord par l’obéissance à Rome et aux évêques, jamais nous n’irions nous installer dans un diocèse sans l’accord des autorités ».
La messe tridentine est ainsi appelée parce que définie, pour l’essentiel, au Concile de Trente (1545-1563). On l’a compris, et l’abbé Loddé nous le confirme, ce n’est pas seulement l’usage du latin qui est ici en cause : il s’agit d’une liturgie très codifiée, avec moult détails. « L’immense trésor de la tradition », pour reprendre ses mots, exige que le prêtre célèbre dos au peuple, toute l’assemblée tournée vers Dieu. L’uniformisation de la langue aussi bien que des gestes veut rendre visible l’unité de l’Église universelle, « éviter que chacun ait ses particularités ». Le lectionnaire utilisé prévoit la reprise chaque année des mêmes textes bibliques, des mêmes prières. On doit y communier sur la langue; le prêtre veille à bien accomplir toutes les génuflexions, à garder pouces et index joints, il soigne énormément la purifications des vases.
Dans l’article numéro 2, nous poursuivrons avec un portrait plus précis de l’abbé Loddé, dont nous avons cherché à comprendre ce qui l’avait fait opter pour la liturgie tridentine; un confrère fort sympathique, au demeurant…
René Tessier, Revue Pastorale-Québec, janvier 2008, page 21