Conférence de madame Anne-Marie Genest, prononcée lors d’un souper bénéfice pour la Marche chrétienne, dimanche le 15 mai dernier.
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Une chrétienne en politique : Accomplir mon devoir, pour la gloire de Dieu
Bonjour à tous,
Pour commencer, j’ai 27 ans et j’ai fait des études en théologie. Rien à voir avec la politique. Pourtant, on m’a demandé cette année pour les élections de servir de candidate fantôme pour le parti de l’Héritage Chrétien du Canada: seul parti pro-vie, pro-famille, pro-Dieu. Mon rôle devait se résumer à l’approbation de ma candidature afin que le parti devienne disponible pour ma circonscription. Normalement, on aurait dû s’impliquer un peu plus, et si on était un parti organisé et avec des moyens financiers, il aurait fallu s’afficher dans la ville pour se faire connaître.
C’est un peu ironique que je me retrouve comme candidate de parti étant donné que je ne me suis jamais intéressée de près à la politique. D’abord la politique n’avait pas réussi à rejoindre mes valeurs jusqu’à maintenant. On sait tous combien elle est compromettante en ce qui concerne les valeurs d’un chrétien.
Mais je dois avouer que c’est tout aussi ironique de me retrouver ici à parler devant une assemblée. Je disais d’ailleurs à une ancienne collègue de travail que j’avais été invitée à parler lors d’un congrès en soulignant combien ils avaient choisi de grands noms comme le mien. Quand je lui ai dit ça, elle s’est mise à rire… D’après moi c’est parce qu’elle ne croit pas du tout en ma notoriété.
Honnêtement, l’art oratoire, ce n’est pas ma tasse de thé. Je vous remercie à l’avance de votre compréhension à mon égard.
Cependant, si M. Buscemi m’a invitée c’est qu’il a cru que j’avais un message à apporter.
Donc j’espère que mon message va vous intéresser et aussi vous inciter à vous impliquer pour le règne de Dieu, pour le règne du Christ-Roi, dans notre pays, dans nos milieux.
Je commencerai donc maintenant mon récit, car vous devez vous demander comment une jeune femme comme moi s’est retrouvée comme candidate d’un parti politique; une fille comme moi qui ne s’intéressait pas du tout à la politique. C’est assez surprenant, pour moi la première, de me retrouver dans cette situation… c’est même plutôt cocasse.
L’histoire commence à l’Église où j’assiste quotidiennement à la messe, avec la Fraternité St-Pierre qui nous offre beaucoup de soutien pour nos œuvres et pour nos âmes. Petite parenthèse, je crois que sans ces enseignements solides qui nous sont donnés, je n’aurais pas eu le courage et la conscience pour accepter.
Donc me voilà après la messe en prière quand on vient m’aborder pour m’inviter à une réunion politique qui doit avoir lieu à la sacristie. Je suis d’abord hésitante car je ne vois pas du tout comment je pourrais contribuer d’une manière ou d’une autre…et honnêtement, à première vue, je ne suis pas intéressée à ce projet, qui m’est encore complètement inconnu. Mais l’idée m’amuse, et j’y vais pour jeter un petit coup d’œil, car je connais les personnes qui sont invitées; et je me demande ce qu’ils pensent et ce qu’ils ont à vendre.
À la sacristie, on me nomme comme secrétaire de la rencontre. Pas trop impliquant à date. Étant catholique, bien sûr on ne peut pas fouiner en restant les bras croisés quand on a la possibilité de faire du bien. Bien très minime vous pourrez me dire. Mais justement, en faisant seulement mon travail de secrétaire, aurai-je fait ma part?? Je ne me doutais pas du tout à ce moment que le bon Dieu me lançait un appel à travers cet événement là. Premier piège: il s’avérait que la raison de la convocation était pour recruter des candidats. Je me dis au départ que j’ai probablement été invitée simplement parce que j’étais là, mais il ne songe pas sérieusement à ce que je participe activement au projet. Voilà je m’assois, j’écoute parler de politique avec intérêt pour la première fois parce que le discours était fondamentalement moral et qu’il avait un sens chrétien. Donc j’ai accepté de collaborer à la petite tâche qu’on m’avait assignée.
Parlant de collaboration, on me demande vers la fin de la réunion si je veux être candidate. On me propose d’être candidate fantôme. J’aurais, m’a-t-on dit, pratiquement rien à faire, presque pas d’implication. On me lance la perche,… mais j’ai peur. Je me demande qu’est-ce qui va m’arriver… et surtout, qu’est-ce qu’il lui prend de vouloir m’impliquer. Il ne m’aurait pas invitée, je n’aurais pas eu à répondre il me semble. Mais là, je vois à travers cette demande que c’est Dieu qui attend de moi que je fasse quelque chose pour Lui,
Ce qui m’a intéressé plus précisément dans le parti c’est que ses trois axes principaux, les trois lignes de front du parti sont 1) la vie, 2) la famille et 3) Dieu… Enfin un parti qui ose s’affirmer et qui a du bon sens. Un parti qui ose dire Dieu, que la famille c’est important et que l’avortement c’est un meurtre. Tout cela a finalement stimulé mon intérêt.
Bon, je n’irai pas plus en détail pour la présentation du parti parce que c’est toujours un peu compliqué de présenter un parti politique étant donné qu’ils comportent toujours beaucoup d’aspects.
Revenons-en donc à la rencontre. Il y avait quelqu’un d’autre de présent qui soulevait quelques objections générales face au parti mais encore davantage à la démarche même. On s’entend qu’extérieurement le projet peut sembler farfelu au départ. On a dit entre autre: ‘’c’est un petit parti! On va perdre notre temps, on n’a aucune chance de gagner.’’
Pour répondre à cette objection, bien qu’elle soit très logique, je me rappelle une phrase qu’on associe à Ste-Jeanne-d’Arc: ‘’L’homme combat, Dieu donne la victoire! ‘’ Humainement, c’est vrai qu’un petit parti a peu de chance de gagner. Mais c’est quoi ‘’gagner’’? D’un côté surnaturel, l’homme combat pour Dieu et de son côté, Dieu apporte les fruits qu’Il veut au temps qu’Il le veut.
On peut dire parallèlement qu’au début de l’Église, le christianisme avait peu de chance de survivre, d’un point de vue strictement naturel, parce que les apôtres n’étaient que 12, pour la plupart illettrés. Mais Dieu voulant que sa doctrine se répande pour le bien de l’humanité a donné surabondance à leurs actions. J’imagine que ces 12 ont rencontré des obstacles très importants et ont fait face à leurs propres limites. Une belle preuve édifiante qui devrait nous encourager et nous donner l’espérance que lorsque nous travaillons pour Dieu, Dieu travaille pour nous.
On fait encore une autre objection que j’ai entendue d’ailleurs d’un ami lorsque je récoltais des noms: ‘’Mais qu’est-ce que la religion vient faire en politique?!’’.
On prône tellement aujourd’hui la séparation de l’Église et de l’État. Tellement qu’on ne fait plus la différence entre le fait d’appliquer la doctrine sociale de l’Église et le pouvoir politique de l’Église. Mais, en fait le parti ne demande pas à l’Église de contrôler le pays car leurs règnes sont de deux ordres différents. Mais le Christianisme doit être vécu intensément par tout homme et doit éclairer le gouvernement d’un pays dans tout projet de loi. Une vraie loi doit nous conduire vers la vertu. C’est en ce sens que la loi conduit à Dieu. On peut citer en contre exemple des lois immorales comme celles qui encouragent à la débauche dans notre pays. Je vous en laisse faire la liste.
Pour ceux qui diraient que ce parti ne s’adresse qu’aux chrétiens: la réponse est non! Parce que Dieu a fait l’homme et l’homme est fait pour Dieu. Tout homme est fait pour Dieu. Donc la morale que l’on retrouve dans les évangiles est bonne pour tous. Par exemple, quel gouvernement cherchant le bien de son peuple serait contre la loi biblique ‘’tu ne tueras point’’? En plus, le christianisme est fait pour être vécu en société, il n’est pas fait pour être vécu de façon privée par peur du jugement, par peur finalement de nos convictions. Mais est-ce qu’on est vraiment convaincus quand on a peur de nos propres idées et croyances.
Si c’est Dieu qui a fait le monde, il sait comment le diriger. Avec les lois de l’Évangile, on peut gérer le monde selon le plan de Dieu. Dieu, qui est inventeur du monde nous donne le mode d’emploi inscrit dans les évangiles pour notre plus grand bien. Donc, notre parti est fait pour tout le monde pour notre bonheur éternel bien certainement, mais aussi pour notre bonheur terrestre. Mais c’est difficile à faire passer dans une société aussi déchristianisée que la nôtre.
Ensuite, j’avais des objections un peu plus personnelles. Lorsque M. Stefan Jetchick m’a proposé d’être candidate, je me suis dit: est-ce qu’il veut rire de moi! Je ne voulais pas qu’on mette au grand jour ma vie privée ni être la proie des journalistes. Le vieil homme en moi a réagi spontanément par la peur en rétorquant que je n’avais pas envie qu’on me dessine une moustache sur les affiches qu’on allait poser dans la ville…
Mais finalement ça s’est vite réglé parce qu’on n’a pas de budget pour mettre des pancartes et qu’on ne disposait pas de beaucoup de temps puisqu’étant un petit parti, l’organisation n’est pas encore bien établie. Donc pas de publicité, j’ai pu vivre la campagne relativement tranquille, même si j’ai eu deux demandes d’entrevue que j’ai déléguées à M. Stefan Jetchick qui chapeautait les 4 autres candidats.
Pis encore une autre objection; je manquais de temps. Objection très incarnée mais aussi importante. Non pas que ça prenne beaucoup de temps d’implication parce que j’allais n’être que poteau, mais ça nécessitait du temps quand même pour récolter mes 120 signatures; chose essentielle pour permettre la mise en candidature.
En fin du compte, pour ce qui est de ma peur et de mon horaire chargé, j’ai décidé de ne pas m’en occuper et d’étudier surtout les raisons positives qui me pousseraient à m’engager.
La raison générale pour laquelle j’ai accepté c’était pour être cohérente avec ma foi. Après, il y a des raisons sous-jacentes à ça. La première raison, c'est pour la gloire de Dieu. On entend souvent l'argument: rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Comme si de donner la gloire à Dieu enlevait quoi que ce soit à César. Comme si en donnant à César, il ne restait plus rien à donner à Dieu. Cet argument vient rejoindre l'idée de la séparation de l'Église et de l'État. J’en ai déjà parlé plus tôt, mais pour rendre gloire à Dieu, il faut être capable de le faire vivre publiquement. Pas comme une connaissance qui nous fait honte et dont on évite au maximum de dire le lien qui nous unit. Dieu devrait faire la fierté de son peuple. Et Il nous guide comme un bon père guide ses enfants et fait la fierté de sa famille
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Dans la société, Dieu vient mettre les balises des lois à ne pas transgresser. Les 10 commandements sont en fait les limites les plus larges que le gouvernement d'un pays doit respecter. C'est donc essentiel d'avoir ces lois, d'être guidés par Dieu dans le gouvernement d'un pays parce que c'est encore Dieu qui est au-dessus de nos œuvres, nos industries, nos engagements et qui doit être au-dessus de notre gouvernement. On ne peut rien faire sans Lui. Il doit faire partie de nos actions quotidiennes.
Mais au-delà de la question gouvernementale, je me dis que Dieu est tellement bon pour ses enfants qu'il m'était impossible de Lui refuser quoi que ce soit—notamment de Lui rendre la gloire qui Lui est due. Il a quand même envoyé son Fils mourir pour moi. Comment pourrais-je me regarder le nombril par peur du ridicule. Parce que j’admets m’être un peu inquiétée de ce que l’on penserait de moi lorsque je me suis fait demander comme candidate.
La grâce de Dieu nous rend saint et la culture environnante, en principe, doit aider à participer à cette grâce. La culture environnante prépare en quelque sorte la bonne terre dans laquelle la parole de Dieu pourra germer. Mais Dieu fera germer plus facilement sa grâce si les conditions sont meilleures. Bien sûr, cela doit commencer dans nos familles, mais si nous avons eu la chance de grandir dans un foyer chrétien, tous ne l’ont pas eue… et si la culture sociale ne permet pas l’épanouissement des vertus, comment se sanctifier alors!? Comment préparer la bonne terre des générations présentes et à venir?
Je voyais donc à travers le moyen qui m’était offert de participer à la politique du pays, une façon de montrer à Dieu ma reconnaissance. C’est bien évident que je n’aurai jamais assez de ma vie pour lui remettre ce qu’Il m’a donné, mais raison de plus pour saisir toutes les occasions. Et puis après, qu’est-ce que ça me coûte de m’impliquer? Je cours peut-être après quelques humiliations, l’incompréhension… Mais Jésus Lui-même, le Christ-Roi, s’est fait couronner d’épines, cracher au visage, ridiculiser, traiter comme moins que rien. Pour moi personnellement, Jésus a tout subi ça. Ça m’encourage à vouloir être son instrument. Et de fait, en m’impliquant en politique, je ne me suis pas fait couronner d’épines, on ne m’a pas craché au visage et je n’ai pas été traitée en dessous de ma condition. Je dois avouer toutefois qu’on s’est quand même un peu moqué de mon entreprise… et malheureusement même par des chrétiens de mon entourage. Je dois dire que je n’ai pas vraiment la tête de l’emploi non plus; cela n’aide pas à ma crédibilité.
J’en suis alors à ma seconde raison: le bien commun. Ce serait bien quand même une société qui marcherait selon les projets de Dieu. Mais, en quoi puis-je collaborer à ce bien? Déjà, il vaut mieux collaborer au bien commun qu’au péché de nos gouvernants en les appuyant. Autrement je participe au processus de décivilisation du monde et de dégradation de la morale. Le Christianisme, avec ses monastères bénédictins et ses saints ont civilisé les populations européennes de par la finesse des mœurs qu’engendre la doctrine chrétienne. Aujourd’hui, on ne cherche plus le beau, le bien, le vrai; choses pour lesquelles pourtant l’intelligence de l’homme est faite. Résultat: on avorte nos enfants, et on accepte toute sorte d’autre immoralité. Donc en bref, travailler au bien commun, c’est faire charité à la population et chercher à la reciviliser.
Mais je voyais aussi l’occasion de soutenir une démarche noble et d’encourager les initiatives orthodoxes. Dans le meilleur des mondes, notre parti réussirait à faire élire un candidat, mais cela nécessite que tous les chrétiens, du moins vous ici présents, réunissiez vos forces pour aider ceux qui œuvrent pour une société chrétienne à développer ce projet et d’autres projets parallèles. Les moyens d’aide sont variés: ça peut être en offrant de l’argent pour le parti, en se proposant comme candidat, mais pour tout le monde, en votant pour ce parti bien sûr. Car nous chrétiens sommes obligés d’encourager le bien. Et en passant, si je suis devenue candidate, si plusieurs incompétents dans ce domaine se proposent dans des partis immoraux pour faire de l’argent, chacun peut le faire. Et soyez assurés du soutien des autres candidats du PHC. La différence, c’est que dans notre parti, nous ne faisons pas cela pour l’argent, mais pour Dieu.
Aussi une amie faisait penser qu’une autre bonne raison de m’impliquer serait en prévision de mon jugement dernier. Cette bonne action, même si elle reste stérile en apparence, me servira d’avocate à ma mort lorsque mes fautes parleront contre moi.
Il y a une belle phrase de Saint Augustin qui dit: ‘’ Dieu n’a pas eu besoin de nous pour nous créer, mais Il a voulu avoir besoin de nous pour nous sauver.’’ Il faut donc que personnellement je participe à mettre les efforts nécessaires pour me sauver. Les écritures l’expliquent bien.
Si donc nos bonnes œuvres parlent pour nous, cherchons à faire le bien. Le parti de l’Héritage Chrétien du Canada cible principalement trois combats à mener de front: premier combat: nous militons en faveur de la vie alors qu’on assiste à un durcissement de position de la part des pro-choix. Mais pourtant, on a été créés pour vivre.
Le deuxième: nous cherchons à favoriser les milieux de vie familiale alors que les familles éclatent aujourd’hui, que des enfants se trouvent ballottés. Et nous savons qu’un milieu familial instable peut entrainer de lourdes conséquences sur la vie de l’enfant.
Troisième combat: nous voulons redonner à Dieu la gloire qui lui est ôtée dans cette société où l’on fait preuve d’une ouverture hypocrite en accueillant tout n’importe comment, n’importe qui, alors qu’on se ferme à nos racines chrétiennes et culturelles.
En mettant Dieu aux oubliettes, nous courons à notre perte…
Prions le Sacré-Cœur de Jésus, ce cœur qui a tant aimé le monde! Qu’Il daigne avoir pitié de notre pays et stimuler en nous de beaux actes d’amour héroïques. Qu’Il règne d’abord en nous pour qu’Il règne dans notre pays. Et qu’Il règne dans notre pays pour qu’Il puisse trouver sa demeure dans un plus grand nombre de cœurs. Désirons ardemment consoler ce cœur si aimant.
Pour conclure mon exposé, j’aimerais vous remettre le flambeau, car je suis contrainte pour une bonne raison de mettre un terme à ma carrière politique pleine de promesse (avec 0,4% des voix aux élections). Je rentre au couvent l’automne prochain; on ne peut pas tout faire dans la vie. Et ce n’est pas aux religieux et religieuses, ni aux membres du clergé, mais aux chrétiens laïcs du peuple, qui eux en ont la possibilité, de travailler pour le règne du Christ-Roi dans notre monde. Encore aujourd’hui, le bon Dieu a besoin de tous, les instruits et les esprits ingénieux pour retrouver sa place à toutes les échelles de notre société. Si vous voulez marcher à la suite du Christ, vous laïcs qui désirez le suivre de plus près, laissez aux prêtres leur tâche de sanctifier les âmes. Hâtez-vous de travailler pour le règne de Dieu en vous dévouant dans toutes les sphères de la société. Et, au risque de me répéter, l’enseignement du Christ nous montre à travailler à sa moisson pour que notre récolte soit abondante, et même si les fruits de notre récolte nous restaient inconnus dans ce monde. Dieu sait faire germer la semence en son temps, et nous avons l’espérance que dans l’autre monde, Dieu nous donnera la récompense.
Je vous remercie de m’avoir écoutée. Bonne soirée!